Votre serviteur, au guidon d'une Harley-Davidson Softail Breakout.

On a testé la Harley-Davidson Softail Breakout, le temps d’un week-end…

Y a des bécanes comme ça, elles ont beau ne pas être en tête de notre « wishlist » on est quand même curieux de les essayer. La Softail Breakout est de celles-là pour moi. J’avais déjà eu l’occasion de la shooter sous tous les angles lors de mon récent voyage à Berlin, mais j’avais alors avoué au « staff » Harley m’accompagnant ma frustration de n’avoir pas pu l’essayer à cette même occasion. Il faut croire que ma réflexion a été entendue, puisqu’ils m’ont rapidement recontacté pour me proposer de m’en laisser un exemplaire le temps d’un week-end. Super !

Bon, restait quand même une contrainte pour un nordiste comme moi : la récupérer et la restituer en banlieue parisienne. De cet inconvénient j’ai alors fait une opportunité, en proposant à ma gonzesse de découvrir ensemble (pour notre 5ème anniversaire) la Vallée de Chevreuse, si réputée pour son cadre préservé et ses routes sinueuses… Franchement, pour ceux qui ne connaitraient pas encore c’est vraiment un coin à faire, avec des parcours boisés pleins de bons virages, le top ! En plus, preuve que l’endroit est largement fréquenté par des motards, toutes (ou presque) les glissières de sécurité y sont doublées. Bon, revers de la médaille c’est aussi fourré de radars, du coup la plus grande des vigilances s’impose…

Bref, revenons-en au sujet principal de cet article : la bécane. Et quelle bécane ! Pour moi la plus belle de la gamme des « fausses rigides » depuis bien longtemps. D’ailleurs, vu le nombre de pouces en l’air que l’on nous a adressés, ou le nombre de curieux nous ayant abordés à chaque arrêt pour nous poser des questions ou se faire prendre en photo avec, nul doute que je ne dois pas être le seul à le penser.

La nouvelle Harley-Davidson Softail Breakout.

La ligne est paraît-il « inspirée des Gasser des années 50-60″. Du point de vue des proportions il y a sans doute quelque chose, par contre au démarrage quelle déception ! Au ralenti, le son du moteur évoque plus la 2CV de mon grand-père qu’un hot-rod vitaminé… A cause de ces foutues normes castratrices anti-bruit et anti-pollution, la distribution et la transmission se font plus entendre que les explosions ! Réflexion #1 : le passage en stage I me parait obligatoire pour retrouver un minimum de couilles caractère à bas régime.

Heureusement, il suffit de tirer un peu beaucoup dessus pour l’entendre enfin s’exprimer, dans une douce pétarade qui s’accompagne de stimuli via les cale-pieds, les fameuses « good vibrations » transmises par le montage rigide du v-twin sur ce modèle. On aime ou on aime pas, perso’ n’étant pas trop chatouilleux j’apprécie assez.

A ce stade, si vous aimez vous sentir poussés au cul et tirés par les bras je vous recommande de maintenir le rythme d’un rapport à l’autre (oubliez par contre la 6ème qui n’est qu’un « overdrive » destiné aux trajets autoroutiers au long cours, même la 5ème s’est le plus souvent révélée trop haut perchée pour les départementales du Parc Régional en mode « sportif »). Dans ces conditions, nul doute que le bicylindre longue course de 103 CI (1690 cm3) est gavé de couple ! Amateurs d’accélérations rustiques et viriles, il y a là de quoi vous servir !

Le moteur de la nouvelle Harley-Davidson Softail Breakout.

Bon, en revanche, n’espérez pas pouvoir rouler ainsi très longtemps avec une passagère, le positionnement à l’arrière étant quelque peu précaire… Autant la selle pilote, large, épaisse et creusée, offre le confort très appréciable d’un fauteuil, autant celle de son sac de sable a tout d’un strapontin : ferme et minuscule ! A tel point qu’il est apparemment difficile de rester en place dessus, ma compagne en a fait les frais en étant carrément éjectée sur une manœuvre de stationnement certes un peu brusque (rustiques et viriles les accélérations je vous dis). Réflexion #2 : investir sans délai dans un mini sissy bar, sous peine de devoir rapidement divorcer.

Heureusement, les suspats elles font un excellent boulot, sans être trop souples elles participent bien au confort de l’ensemble. Ne leur en demandez quand même pas trop en cas d’attaque, d’autant que la taille (21 pouces) de la du reste superbe roue avant et l’ouverture (35 degrés) de l’angle de chasse ont tendance à induire un comportement déroutant. Les courbes rapides s’enfilent sans souci, mais les entrées dans les virages plus serrés se font elles plus difficilement, et les nids de poule négociés sur l’angle ont vite fait de faire dégager l’avant ! Ce qui m’a valu un petit coup de chaud dans une voie d’insertion…

En ligne droite en revanche, elle ne perd jamais son cap, un vrai rail ! Du coup, on se surprend très vite à lâcher le guidon, ce qui a pour effet de soulager immédiatement le dos du pilote, initialement plié en 2, et les appuis de la passagère qui peut alors plus facilement saisir son compagnon par la taille. Réflexion #3 : Quitte à modifier légèrement la ligne générale de cette machine, remplacer dès que possible la tringle à rideau le dragbar d’origine par un demi ape hanger.

Votre serviteur, au guidon d'une Harley-Davidson Softail Breakout.

Au rayon des petits trucs qui agacent, on pourrait également citer le gros filtre à air et l’énorme carter de transmission primaire, sur lesquels on vient respectivement cogner le genoux en roulant et la cheville à l’arrêt. Mais ceux-là s’oublient très vite, à l’usage on s’y fait. Certains auront peut-être plus de mal par contre avec la dureté des commandes, surtout au guidon. Il faut admettre qu’elles nécessitent une bonne poigne mais c’est comme ça qu’on se fait de solides avant-bras, et puis le phénomène est tellement typique de la marque, comme la boîte lente et bruyante par exemple ou encore les freins qu’il faut solliciter à 50-50, autant l’arrière que l’avant.

Mais pour peu qu’on les manipule avec la force nécessaire ils se montrent suffisamment efficaces malgré le poids de la bête, un poids que l’on ressent assez peu d’ailleurs, même dans les manœuvres à l’arrêt, sans doute du fait d’un centre de gravité bas placé, plus encore que la selle qui devrait pourtant plaire aux plus courts sur pattes. Non, c’est plus l’incroyable rayon de braquage qui pose problème dans ce domaine, à tel point que l’on est content de tomber sur un rond-point quand il faut faire demi-tour !

Pour en revenir aux freins, précisons que ce modèle (comme beaucoup aujourd’hui) est équipé de l’ABS, un dispositif très bien intégré, aussi discret visuellement qu’à l’usage chez Harley. S’il n’y avait pas un voyant dans le compteur pour nous rappeler son existence au moment où il déclenche, on oublierait complètement sa présence !

Le frein arrière de la nouvelle Harley-Davidson Softail Breakout.

En parlant du compteur, malgré un minimalisme apparent il est très complet, et peut au choix afficher via une commande au guidon : l’heure, un totaliseur, l’un ou l’autre de ses 2 « trips » journaliers, le régime moteur et le rapport engagé… Ok, l’électronique entraine une certaine inertie dans le calcul de ces dernières données, mais permet en revanche de basculer automatiquement sur le nombre de kilomètres pouvant encore être parcourus au moment du passage en réserve. Pratique !

Sur la liste des petits détails qui rendent la vie plus facile, notons aussi la commande d’appel de phare (pour signaler à ceux que l’on croise la présence des perdreaux), celles séparées des clignos (qui se coupent tout seuls une fois le virage négocié), et surtout l’alarme et l’anti-démarrage qui se déclenchent spontanément dès lors que l’on repose ce Softail sur sa béquille. Même pas besoin de sortir la clé de sa poche pour ça, le contacteur en détectant automatiquement la présence à proximité. Décidément, sous leurs airs de bécanes intemporelles les HD actuelles sont résolument plus modernes qu’il n’y parait !

Coté pneus aussi ils ont visiblement fait des progrès. En tout cas, je n’ai pas pu prendre ceux-là en défaut de tout le week-end, même quand la pluie s’est invitée sur notre parcours. Il faut dire aussi que l’arrière est plus que généreusement dimensionné, et que la prise d’angle est rapidement limitée par les cale-pieds qui les 1ers viennent copieusement racler le bitume.

La nouvelle Harley-Davidson Softail Breakout.

Autre élément bien agréable à l’usage : la transmission finale par courroie. Propre, silencieuse et nécessitant très peu d’entretien, bien qu’elle ait des détracteurs je n’y vois personnellement que des avantages, et j’y pense même avec beaucoup d’envie chaque fois que je dois me saloper les pattes à retendre et graisser la chaine de ma W ! Sans parler de l’état de ma jante arrière en permanence maculée de cambouis… D’autant que cela reste aussi bien plus léger et esthétique qu’un cardan, et plus évolutif également lorsque l’on souhaite en modifier la démultiplication. Que des avantages je vous dis !

Enfin, je suppose que ce ne sont pas tous ces petits détails, aussi nombreux soient-ils, qui déclenchent l’acte d’achat chez les propriétaires de ce genre de machine, et que le look doit quand même être le 1er facteur d’impulsion. Il faut dire qu’au delà de la ligne qui fait se retourner tant de têtes, les matériaux, leurs assemblages, leurs traitements de surface… Tout (ou presque) sur cette bécane renvoie une impression de qualité nettement supérieure à la norme actuelle, que ce soit la profondeur des chromes et des peintures, la discrétion du faisceau électrique (malgré tout l’électronique embarqué), ou encore l’usage très modéré du plastique… A tel point qu’il peut paraître idiot d’en avoir collé une telle portion juste sous les yeux du pilote, à la jonction des 2 demi-réservoirs !

D’un autre coté, certains éléments de ce Breakout sont mieux dessinés que sur d’autres modèles de la marque (les Sportster notamment), les disques et leurs étriers par exemple. Les fourreaux de fourche sont également tout à fait particuliers, et m’ont vraiment bien plu personnellement. Bref, au risque de me répéter, un très très beau Softail dans l’ensemble.

Votre serviteur, au guidon d'une Harley-Davidson Softail Breakout.

Réflexion finale donc : cette moto est idéale pour la balade et la frime… Et pour se faire les bras autant à l’accélération qu’au freinage ! Pour le reste, ne lui demandez pas de remplacer votre trail, votre sportive ou votre GT, elle n’est évidemment pas faite pour ça. Par contre, sur son créneau des customs musclés elle remplit plus que très bien son office, alors, si la ligne vous plaît à vous aussi et que vous en avez les moyens… « Why not? » Je pense que vous ne serez pas déçus ! En cas de doute, un modèle à essayer d’urgence s’il en est, c’est votre serviteur qui vous le dit.

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A propos de Susokary :

Ch'timi né en 1978 et roulant en Kawasaki W650, amateur de bière et passionné de moto, ex-brasseur de "Chicks and beers" maintenant au guidon de "Un pneu dans la tombe", apporte sa modeste pierre à l'édifice de "All you need is ride", Comete Motocycles, Legend Motors et RAD Motorcycles Magazine, entre autres...

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16 commentaires

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  1. Beau compte-rendu, on voit que tu y as consacré du temps.
    T’as entièrement raison au sujet des routes de la Vallée de Chevreuse.
    Bon, sinon le ch’timi on te retrouve au Wheels and Waves ce week-end, ou on fait un reportage photos avec mes potos ?

  2. Pétard Jérôme ! La photo devant le château de Chevreuse…
    J’habite à moins d’un kilomètre, on aurait pu rider HD ensemble poto !!!
    Next time let me know.
    ;)

    Stéphane

  3. Arf, je savais pas Stéphane…
    Cela dit, j’en avais volontairement pas parlé en amont de cette virée, histoire d’être sûr de rester en tête à tête avec ma compagne.
    Ma passion prend déjà beaucoup de place dans notre vie habituellement, j’ai fait en sorte qu’elle ne se retrouve pas encore une fois, s’agissant aussi de fêter notre anniversaire, entourée de poilus discutant carburateur et boite de vitesse…
    Mais la prochaine fois avec plaisir !
    ;)

  4. POUR INFO TOUT LE MONDE :
    Et particulièrement ceux qui étaient déjà venus jeter un œil à ce papier hier, il a été publié en 1ère instance un peu trop rapidement, alors que sa rédaction n’était pas terminée…
    Maintenant qu’il est complet et illustré comme il faut, n’hésitez pas à le parcourir de nouveau !
    ;)

  5. Pour ma part, j’ai passé un super moment avec cette moto lors du « ride experience » chez Harley-Davidson Lille.
    :)

  6. Super article Jérôme !
    Peut-être à septembre pour une virée avec les pipelettes de Motospot !
    Amicalement,
    Gilles

  7. Joli article !
    Perso, nous avons (ma demi et moi) craqué, et passons commande pour la Breakout 2014 !
    Vivement le mois de mai !!!

  8. Joli compte rendu.
    J’ai également craqué, et ce sera ma 1ère HD !
    J’attends la livraison fin mars avec impatience…
    Merci en tout cas pour le détail du test.

  9. Bon article.
    Je peux rajouter quelques réflexions d’un possesseur de Breakout depuis 8 mois…

    J’ai craqué l’été dernier après un tour chez Borie à Villiers. Je cherchais une autre Harley depuis 2-3 ans (je roulais déjà en Dyna depuis 2000), mais je n’étais jusque-là pas tombé amoureux d’un modèle plus que d’un autre. Et puis j’ai aperçu ce Softail dans le magasin… Et wow ! Belle, non, magnifique !

    J’ai craqué pour la rouge (il n’y en a que 2 en France), et j’ai passé tout l’hiver avec cette moto à affronter tous types de météo. Maintenant que les beaux jours sont de retour, je me régale avec à chaque sortie. Et voilà quelques POUR et quelques CONTRE…

    1 – Le guidon.
    Il est vraiment trop bas. On ne peut pas rouler si on est pas confortable. Il existe des mini-apes mais j’aime les dragbars. La solution : les spacers de 1″ de chez Spacers Jims aux US. Pour 50€ ça monte le guidon juste comme il faut, sans changer ni les câbles ni les durites. Il en propose aussi de 1 1/2″. Parfait !

    2 – La selle.
    Pour le conducteur, c’est bien, mais le trou avec le logo dedans se remplit d’eau dès qu’il pleut. J’aime pas trop avoir le cul mouillé les jours qui suivent… Après, la selle passager, une blague, inutilisable. Le modèle Sundowner est aussi du toque, la mousse se décolle de la base en permanence. Femmes et enfants glissent dans tous les sens. La solution : la Weekday 2-UP XL Seat de chez Danny Gray, moins chère que chez Harley en plus ! C’est quand même pas une moto pour 2. Malgré une bonne selle, la place à l’arrière est mal dessinée, le sissy-bar amovible placé trop en avant (de 10-15cm par rapport au Dyna), il pousse dans le dos. Alors je sais que c’est une moto d’égoïste, mais à 20k€ le bout, j’attends qu’elle soit un minimum pensée pour 2. Elle ne l’est pas.

    3 – Le moteur.
    Magnifique, mais comme tout HD bridé à mort. Je suis au stage 2 en ce moment, et j’envisage d’aller plus loin encore. J’ai mis les cams 254, et à partir de 3500 tours ça part bien ! Je ne suis pas un fou de vitesse, et cette bécane n’est pas une moto de course, mais le moteur stock manque de punch pour un 1680cm3. Je pense que c’est le minimum à faire sur une Harley.

    4 – Les freins.
    Le simple disque à l’avant est OK en version d’origine, mais trop léger si on tire fort avec un stage 2. Je mettrais un étrier de touring cet été, c’est compatible et beaucoup plus puissant, du Brembo en fait.

    5 – Les commodos.
    Ils ont rajouté trop de choses inutiles. Pourquoi un bouton warning quand avant il suffisait d’enclencher les 2 clignos en même temps ? J’ai réussi à couper le moteur sur le périf’ en cherchant les warning, c’était chaud ! Un bouton passing pour les appels de phare ? Inutile. Par contre, le bouton trip qui donne accès au menu du compteur est très utile. Je fait afficher le compte-tours digital tout en couleur avec de gros chiffres, nickel pour mes vieux yeux.

    6 – Le pneu arrière.
    J’avoue, j’ai craqué en partie du fait du pneu, magnifique. Par contre, sous la pluie attention à la glisse ! C’est partout. La moindre bande blanche et on se croirait sur une patinoire ! Attention donc sur le mouillé…

    7 – Le comportement routier.
    Que dire ? La moto est longue et basse, les repose-pieds de base raclent le sol au 1er virage. La solution : installer des cale-pieds style ISO qui touchent moins facilement. Reste l’empattement de la machine (+15cm), qui rend physiquement impossible l’attaque dans les petits virages ou les ronds points, par contre dans les grandes courbes, c’est un régal ! J’ai roulé dans la vallée de Chevreuse le week-end dernier, c’était parfait pour le Breakout. Les routes longues et sinueuses, elle adore ça. En revanche j’évite l’autoroute, même si là aussi elle est parfaite. En ville (je suis en région parisienne), c’est la banane. La solution pour les virages serrés : conduire avec le cul et tirer sur le guidon pour la coucher, ne pas hésiter à abuser du frein arrière pour mieux la faire se baisser.

    Conclusion ? Après tout ça je l’adore ! Mais j’ai la chance d’avoir une 2ème moto plus pratique pour les balades en duo, les courses, etc… C’est une bécane pour pilote plutôt expérimenté, qui peut jouer avec ses défauts. La position de conduite (avec un guidon plus haut) est vraiment confortable.

    Bonne route !

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