Road trip hivernal : la route des Crêtes en gros trails...

Road trip hivernal : la route des Crêtes en gros trails…

L’an passé leur road trip les avait conduits aux Eléph’. Cette année c’est en solo que Oliv & Manu se les sont gelées à moto… Tels 2 singes en hiver !

Note du taulier :
Pour ceux qui n’auraient pas vu passer l’hiver dernier le récap’ de leur précédente singerie, leur road trip jusqu’aux Eléph’ auquel j’ai fait allusion, c’est par ici que ça se passe :
"Les Eléphants 2016 : on est allé se les geler au Nürburgring !"
Cette fois c’est dans les Vosges enneigées qu’ils sont allés se paumer, sur la fameuse route des Crêtes… Sont givrés ces Belges !

T(h)ree winter days in the ridges road.

Le pourquoi du comment n’offrira sans doute aucune réponse. Qui/quoi nous ont poussés à le faire ? Moi-même, narrateur de ce récit, je ne peux, je ne sais y répondre. Pourquoi avoir choisi de faire ces 1376 km en 3 jours aux guidons de nos motos, en cette période la plus froide de l’hiver ?

Ce que j’en retiendrai en tout cas, ce sont aussi ces moments, plus ou moins longs, qui ont servi à nous préparer ma monture et moi-même. Si la majorité sait que c’est le genre de bécane idéale, elle demande malgré tout un minimum de préparation pour que nous en revenions indemnes tous les 2. Mon choix pneumatique pour elle, depuis mes derniers voyages d’été et de début d’automne, fut une paire de Heidenau K60 endurants sur route comme sur piste et, au terme de ces 3 jours d’hiver, réellement efficaces sur la neige, tout en s’accommodant d’une conduite de rigueur, sinon le Tigre se rebiffe.

J’avais oublié de vous la présenter, ma mule, ma meule, mon vaisseau, mon drakkar, c’est une Triumph Tiger 800 XC de 2012. Sa conception globale reste à mes yeux le parfait couteau suisse, capable de plus que je ne suis encore capable de vivre à moto. De chausses j’ai parlé, mais, de plus, afin de supporter le froid, quelques options supplémentaires sont nécessaires. Afin de produire tout signe d’usage ou méprisable, mes doigts doivent être conservés. La belle étant d’origine équipée de chauffantes poignées, pour éviter l’onglée, de beaux manchons maison réalisés par ma douce compagne, en fourrure synthétique, sont une barrière efficace contre les vents glacials rencontrés.

Dernière chose pour la douceur, la chaleur et le confort de mon séant, cette peau de mouton jaunie par les années, témoin de ma nudité dès mon plus jeune âge. Plus habituelle et pratique pour voyager, ma paire de valises alu Touratech, aussi solides qu’étanches, servant à l’occasion de tabouret lorsqu’un siège fait défaut. Ainsi que pour emmener de menus objets, mon tube conçu et construit par mon ami Nico, que je remercie au passage. Pour ma part, ma tenue moto adjointe d’une souris de plongeur me suffira amplement.

Jour 1 : Le temps/tant attendu !

Nous voici donc arrivés au 1er jour de ce voyage, 09H00 place du marché à Liège, la R1100GS de Manu et ma Tiger débutent leur périple. Une fois n’est pas coutume, quoi de mieux pour s’accoutumer au froid que l’autoroute… “Ouais”, diront certains, “tout le monde saurait le faire”. Sauf que, à 120 km/h par -5°C, on n’en croise plus aucun de motard !

Une 100aine de bornes supportables plus tard, nous voici sur les sinueuses routes secondaires du Grand-Duché qui, au prix d’une essence moins surtaxée, nous accueille dans une station. Quelle ne fut pas ma surprise en me rendant compte qu’il m’était impossible de rentrer la clé dans la serrure du réservoir, cette dernière étant complètement gelée ! A défaut d’un antigel spécifique, ce sera le café adouci à l’aspartame contenu dans le thermo de Manu qui fera l’affaire. Besogne faite, la route se poursuit sans incident jusqu’au col du Bonhomme dans les Vosges.

Notre envie de camping, sauvage ou non, s’effacera aussi rapidement que naturellement avec le coucher du soleil et la chute rapide de la température. Cependant mon idée de dormir comme preux mes ancêtres vikings le long d’un chemin fut aussi confrontée à un mur de neige obstruant ces derniers ! De la température je ne me souviens, hormis de la brûlure ressentie sur le dos de ma main après quelques instants à chercher l’hôtel le moins cher sur l’écran de mon smartphone. Décision est prise de faire 40 km en sens inverse à travers une vallée gelée et enneigée, pour rejoindre Saint-Dié-des-Vosges.

La chaleur de la chambre me fera oublier la taille enfant de ma couche, mon bon cœur ayant offert le lit double au géant Manu. Après une nuit longue et reposante, car même les plus braves sont abattus par le froid, un bon petit déjeuner avalé, l’hôtesse m’annonce une température de -8°C… “Sainte Mère de Dieu, faut pas mollir !”, nous enfourchons nos montures préalablement chauffées. Certes, la BM n’a plus de preuves à faire, mais sa mise en route fut laborieuse, à grands renforts de choke, sur une injection !? Les ingénieurs m’expliqueront…

Jour 2 : L’attitude en altitude…

Bref, nous nous y attendions, mais pas tant. Si du relief nous attendions l’altitude, je pensais naïvement que les routes seraient dégagées. Que nenni, parfois par surprise, en sortant de courbes, comme dans d’interminables cols, souvent la neige, de plusieurs centimètres, recouvrait la chaussée. Pour notre plus grande déception d’ailleurs : “The ridges road is closed” ! Le GPS de mon compère dut alors à maintes reprises recalculer notre parcours.

Car si la Tiger était chaussée de manière adaptée, la GS l’était moins, ce qui m’obligea quelques fois à courir derrière, lorsque sa propulsion ne propulsait plus rien que la neige sur votre humble plume (oui, je suis assez vieux pour utiliser un stylo plume, et je vous merde les jeunes). Ces quelques efforts nous ont tout de même évité de trop ressentir le froid, et même d’avoir chaud, et nous ont finalement conduit au col de la Schlucht (plus facilement prononçable la bouche pleine), en bout de la Route des Crêtes.

Le ciel était bleu, le soleil haut nous signalait aussi qu’il était temps de cuisiner nos délicieux repas lyophilisés. Manu trouvant l’excuse de tapoter sur son GPS pendant que j’essayais, tant bien que mal, de faire bouillir notre eau. Je ne sais si ce fut le froid, le matériel, ou les 1131 m d’altitude, mais jamais le précieux liquide n’atteint son point d’ébullition. Cela étant, la purée au poisson bien épaisse remplit parfaitement son rôle de me rassasier. Une “bonne” bière de l’hexagone, ensuite, nous désaltéra avant de reprendre la route sans encombre vers la Forêt-Noire.

Même erreur que le jour précédent : ce n’est pas en haut d’un col que nous pouvons planter notre tente, et ce seront 60 km en arrière qui nous feront rejoindre un hôtel de Strasbourg. Vengeance ou non, chacun de nous 2 se verra couché dans un lit taille “nain”, permettant malgré tout de jouir d’un sommeil réparateur.

Jour 3 : La Forêt-Noire est blanche !

En ce vendredi matin, le mercure affiche un frigorifique -13°C. Mouton et ours synthétiques se parent d’une magnifique couche de cristaux scintillants. On l’a voulue, on l’a eue notre hivernale…

La journée se passera sur la non moins légendaire et magnifique B500 aux sapins immenses, et aux vallées sublimement couvertes de blanc figeant le tableau telle une carte postale. La route sinueuse et quasi-déserte nous laissera nous concentrer sur notre délicate conduite, et nous emmènera dans les vignobles d’Alsace, de Moselle et du Luxembourg, pour enfin nous ramener dans la Cité Ardente, chez Lou, notre habituel “pit stop”, où amours, amis et familles nous rejoindront pour s’abreuver de houblon et de nos péripéties de voyage.

A propos de Olivier :

Grand gaillard de la province de Liège, en Belgique, d'où un léger accent que vous percevrez peut-être parfois à l'écrit. Un roule-toujours affichant 40+ ans au compteur, et quelques 110 000 sur celui de sa Bonnie 2010. Sort régulièrement des sentiers battus, parfois aussi au guidon d'une 600 Ténéré de 1986.

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3 commentaires

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  1. A propos de Jean-Michel Schmitgen...

    Beau périple, un peu frappés ces Belges !
    Une parenthèse : du col du Bonhomme à la Schlucht, vous n’avez fait qu’une très petite partie de la route des Crêtes, et pour cause, elle est fermée en hiver !

  2. A propos de Susokary...

    Eh oui, comme ils l’expliquent dans l’article, c’est ce que nos camarades ont découvert une fois arrivés là haut !
    ;)

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