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Baja 1000 : l'interview de Greg Gilson, participant français à l'édition 2025.

Baja 1000 : l’interview de Greg Gilson, participant français à l’édition 2025.

Qui a eu cette idée folle, un jour… De se lancer avec une Honda XLS 125, à travers les cactacées des pistes apocalyptiques de l’harassante Baja 1000 ? Greg Gilson !

Note du taulier :
Une fois n’est pas coutume, c’est Yann (de BCKustoms) qui prend les manettes de UPDLT. C’est que notre camarade est à l’initiative de cette interview (datant de l’automne dernier), aussi je lui laisse le soin de vous l’offrir. Pour ma part, je vous propose de revoir deux vidéos.
La première (partagée en 2022) est une capsule gavée de bonne énergie, via laquelle j’ai moi-même découvert Greg Gilson.
La seconde (plus récente) nous donne un aperçu des difficultés rencontrées par ce pilote atypique, durant le rallye-raid en question (que l’on peut sans doute qualifier d’extrême).
Bon visionnage ; et bonne lecture pour la suite !

[Photos de Joannaa Snz]

C’est dans la péninsule de Basse-Californie, au nord-ouest du Mexique, que la Baja 1000 est organisée par Score International. Chaque mois de novembre, se rassemblent à Ensenada les pilotes les plus fous de cette planète. Et ce pour, depuis les années 60, prendre part à une course amenant les véhicules tout-terrain les plus exigeants sur la piste. Là, les uns comme les autres sont poussés à leurs limites. Nuit et jour. Entre montagnes ; rochers ; cactus ; sable ; boue… Enchaînant les miles de whoops à travers des paysages magiques, désertiques.

En 2025, un étrange couple s’est garé sur la scène centrale de la 58ème édition, pour se présenter au public. Venu de France, Greg Gilson a pris le départ dans l’impitoyable « Pro Moto Ironman class », dont les concurrents ont (en solo) moins de 36h00 pour couvrir quelques 1400 km. Et lui s’est engagé dans ce calvaire avec une modeste Honda XLS 125 de 1980 ! Dès lors il m’est apparu hautement nécessaire d’avoir une petite discussion avec l’individu, et de comprendre pourquoi il a choisi cette bécane pour un périple aussi incroyable…

[Photos de Joannaa Snz]

Sommaire :
Salut Greg, tu nous offres une rapide présentation ?
Comment t’est venu cet objectif « Baja 2025 » ; et pourquoi ?
Peux-tu nous détailler un peu comment tu t’y es pris ?
Quel était ton état d’esprit, juste avant la course ?
Et alors, après le départ ?
Peux-tu déjà dresser un bilan ?
Quels sont les points positifs que tu retiens ?
Mais tout n’a pas été comme prévu, n’est-ce pas ?
Tu évoques donc déjà un objectif 2026 ?

[Photos de Joannaa Snz]

Salut Greg, tu nous offres une rapide présentation ?

« Je m’appelle Greg Gilson ; et suis né en 1984.
Ancien pilote de BMX Race, j’ai toujours été passionné par le motocross et le supercross des années 80-90. Non seulement les machines de MX/SX, mais également la gestuelle technique, les tenues d’époque… Cet univers m’a vraiment marqué.

Cependant après pas mal de gros jumps, et de courses de cross-country au guidon de ma Honda CRF 250 (de 2012 à 2019), j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour de cette seule pratique.
L’envie m’est alors venue d’essayer d’autres choses, avec une moto certainement plus basique, et pourtant capable de tout faire. Du cross-country, oui, mais aussi de l’enduro, des rallyes… Voire tout simplement des voyages.

Je me suis par hasard retrouvé à essayer une Honda XLS 125 de 1980, et là, ça a été la révélation : je revenais sur mon BMX, avec un moteur en plus ! »

[Photos de Melany Alvarado]

Comment t’est venu cet objectif « Baja 2025 » ; et pourquoi ?

« Après avoir fini le rallye du Maroc (en 2019) ; le championnat du monde d’enduro (en 2020) ; la Baja Qatar International (en 2024) ; et le Morocco Desert Challenge (en 2025) ; il me manquait encore cette épreuve au tableau.
En tant qu’Européens, on connaît mal cette course. Toutefois en visionnant des documentaires sur YouTube (comme "Dust and glory" ou "Into the dust"), je me suis rendu compte que c’était exactement la formule que je recherchais : un parcours non-stop, contre la montre, dans un environnement hostile !

Lorsque je prends part à des évènements internationaux comme celui-là, ma motivation première est de porter un message de simplicité. Si je suis capable de m’aligner sur la ligne de départ (et même de finir) des courses parmi les plus difficiles, avec mon humble mono âgé de 45 ans…
Alors n’importe qui peut utiliser n’importe quoi pour partir à l’aventure, et profiter de la liberté qu’offre le tout-terrain à deux roues. Mon souhait est donc d’ouvrir la voie, de rendre notre sport accessible au plus grand nombre.

De plus, en me renseignant sur la genèse de la Baja 1000, j’ai appris que l’idée de base revenait à Honda. L’histoire raconte que la marque a demandé au pilote (et cascadeur de cinéma) Bud Ekins, de prouver que de petites 250 (certes moins puissantes mais légères) étaient capables de beaucoup en off road !
Cependant ce dernier, alors lié par contrat à un autre sponsor, a laissé sa place à son frère Dave, accompagné de Billy Robertson Jr. Puis les deux sont parvenus à traverser le Mexique aux guidons de CL72, en reliant Tijuana à La Paz. La fiabilité et la polyvalence de leurs engins étant démontrées, la firme pouvait percer sur le marché américain.

Ma démarche fut donc de proposer une sorte de revival du concept même de la Baja 1000 originelle. Voilà le dessein qui m’a tant motivé à courir outre-Atlantique ! »

[Photos de Melany Alvarado]

Peux-tu nous détailler un peu comment tu t’y es pris ?

« L’organisation du voyage et la recherche de partenaires ; cette partie a été une véritable épreuve. Sans exagérer, je pense que ça a été plus difficile que la course elle-même !
Avec ma copine Lediana, nous avons bossé comme des dingues pour parvenir à réunir le budget nécessaire : grosso modo 30 000 EUR en tout.

J’ai personnellement créé la page de crowdfunding ; publié les posts tentant d’expliquer le projet… Or ça a été une source de stress monumentale !
Car si tu n’as collecté que les deux tiers de la somme au moment de t’inscrire, tu n’es absolument pas assuré de pouvoir y aller. Tandis qu’en cas d’échec, tu ne peux récupérer ces frais ni par exemple le coût des billets d’avion (plus abordables si achetés à l’avance), pour rembourser tes précieux contributeurs.
La semaine précédant l’embarquement, nous vendions encore des t-shirts pour payer l’essence sur place. Et moi, c’est simple, je ne dormais plus depuis le mois de juin.

Au final, sponsors et donateurs ont répondu présents (respectivement à hauteur de 30 et 70%). Aussi je leur voue une grande reconnaissance pour m’avoir permis de m’exprimer ainsi !
D’après les retours, j’ai le sentiment que tout le monde est content d’avoir soutenu cette aventure. Beaucoup aimeraient d’ailleurs me voir repartir en 2026 ; c’est fou !
J’espère maintenant voir un maximum de monde à ma soirée de remerciement, fin janvier à Paris. »

[Photos de Melany Alvarado]

Quel était ton état d’esprit, juste avant la course ?

« Eh bien, la sensation de participer à un truc énorme, incroyable, s’est accentuée en arrivant là-bas. D’autant qu’il s’agissait de mon premier voyage aux USA.

Tant que j’étais plongé dans les préparatifs, c’est la nervosité qui dominait. L’angoisse de ne pas savoir si je pourrais effectivement partir ; faire transporter ma bécane de l’autre côté de l’océan ; passer la douane avec succès ; trouver un loueur qui accepte que l’on emmène son véhicule au Mexique…
En revanche une fois sur place, deux jours avant le départ, je débarque à la cérémonie d’ouverture. Et là : je réalise que plein de monde me connait ; j’hallucine complètement !

Des Mexicains comme des Américains viennent me saluer, en mode :
 – "Ah, Greg ! Je te suis sur Insta’. Génial ce que tu fais avec cette moto !"

Le sentiment est dingue… Je donne une petite interview sur le podium de départ. On me laisse m’exprimer, on m’écoute, et même on comprend mon message. Mieux : on m’encourage !
Tout ça me donne une énergie ultra positive avant d’aller au combat. Car cette course, c’est une vraie bagarre. Contre le temps, le terrain, l’usure de ta machine… Et contre toi-même finalement. »

[Photos de Melany Alvarado]

Et alors, après le départ ?

« Beaucoup de surprises. Il est minuit lorsqu’on s’élance. D’abord en ville, puis dans le canal asséché d’Ensenada. La foule est là, il y a des lumières partout. Ça crie, ça encourage !
Ensuite on atteint le Ranch, et le public est déjà bien moins nombreux. C’est aussi là que l’on découvre de quoi seront faites les prochaines heures…

La trace qui se présente à nous est totalement défoncée, comme personne ne peux l’imaginer ! De plus le "fech fech" est ultra profond. Tu sais que si tu mets ta moto là-dedans, c’est terminé.
L’autre petit truc que je n’avais pas prévu, c’est que mon phare éclaire un peu haut quand il y a de la poussière. Je me retrouve avec un genre de mur lumineux entre mes yeux et le sol, alors je roule quasiment à l’aveugle.
Donc ce contexte, de pièges et d’aveuglement, tout le travail abattu depuis des mois pourrait être anéanti en deux secondes. C’est la dure loi de la Baja 1000.

Beaucoup de 450 ne passent même pas la nuit. Tandis que moi et ma 125 en sortons sans encombre. Miraculeusement ? Grâce à ma technique de pilotage ?

Le jour qui finit par se lever te fait comprendre que tu ne peux espérer le moindre mètre de repos. Impossible de s’asseoir sur nos engins. Quand la piste n’est pas défoncée, c’est qu’elle est constituée de grosses vagues de sable.
Et malheureusement, mon carburateur commence à montrer des signes de faiblesse à ce stade. Au point de me faire perdre 01h30. C’est vraiment l’élément qui a fait que je n’ai pas pu finir cette édition…

Car parallèlement, tu as le bal des Trophy Trucks. Quand le premier hélicoptère se pointe, tu sais que tu dois obligatoirement t’arrêter et attendre. Ce n’est pas que les mecs veulent te passer dessus, mais ils ne voient pas grand chose non plus ! Et ils vont bien trop vite pour avoir une chance de freiner en apercevant soudainement ta silhouette. Sans compter que l’on progresse dans un couloir étroit, entre les cactus. Impossible de quitter la trace à la dernière seconde. Lorsque tu entends leur moteur, c’est probablement trop tard… A la limite, la nuit, tu es alerté par leurs phares, puissants. Quelques 500 m avant qu’ils ne te rattrapent, ça fait comme des flashs dans ton champ de vision. A ce moment-là, tu peux encore t’écarter.

Au final, et pour résumer, le sentiment qui l’emporte durant la course est celui d’un immense respect. Tout le monde là-bas semble mesurer ce que tu endures, veut t’aider, te nourrir, bref, veiller sur toi. Tu te sens vraiment porté par les autres ! Sans compter que Damien, Ledi et Tristan – ma propre équipe – étaient également là pour moi, vraiment, à chaque intersection. Ils ont été top ! Eux aussi ont fait leur "Ironman" en quelque sorte. Surtout Damien, qui a cumulé 48h00 d’action non stop. Sans ; aucune ; pause. Merci à eux ! »

[Photos de My Baja Photo]

Peux-tu déjà dresser un bilan ?

« Je pense que j’ai enfin trouvé le challenge. L’épreuve qui va me donner du fil à retordre, et que je ne compte pas lâcher ! Car pour pouvoir porter pleinement mon message, je dois impérativement parvenir au bout de cette course, au guidon de ma Honda XLS 125 de 1980.

Quand j’ai dû abandonner au bout de 500 miles (soit 800 km sur les 854 prévus), je me suis dit :
 – "C’est la fin, mec… Tu as échoué !"

Puis j’ai ouvert le groupe WhatsApp que ma copine avait créé pour l’occasion, pour rassembler ceux m’ayant aidé dans cette aventure. Et là, surprise ! Que des encouragements et de l’admiration. C’était juste incroyable.
Si cette issue malheureuse marque la fin de ma première tentative, elle n’est que le début d’un récit, d’une quête. Je vais terminer cette course. 2026 sera la bonne ! »

[Photos de Nathan Velasco]

Quels sont les points positifs que tu retiens ?

« D’abord l’accueil – la "vibe" – côté mexicain comme américain : incroyable de positivité !

Ensuite la partie cycle et le faisceau électrique ont été testés et approuvés. Rien n’a bougé. Ce qui me donne super confiance pour l’année prochaine. Cette épreuve ; c’est l’enfer… Cela dit je suis ultra motivé pour y retourner et faire des roues arrière devant Satan ; haha !

Ma team et moi avons grave assuré, au niveau organisation. On a réussi à tout gérer, alors que je n’étais jamais allé ni aux USA ni au Mexique. Je les en remercie grandement et suis très fier du travail réalisé. De l’idée de départ, à la production vidéo pour partager toute cette histoire, en passant par le financement, la logistique, la participation… C’est un tout. Avec une petite équipe et de modestes moyens, nous avons été au rendez-vous. Ceux qui me soutiennent, me permettent de porter un projet qui devient une belle aventure. Et ça me motive vraiment à faire les choses bien.

Au bout du compte, l’expérience acquise est énorme, hyper enrichissante. »

[Photos de Nathan Velasco]

Mais tout n’a pas été comme prévu, n’est-ce pas ?

« Le fait est qu’il n’existe pas de carburateur de qualité, pour cette moto. C’est un gros problème. La cause principale de ma déconvenue, comme je l’expliquais plus tôt.
En conséquence je développe actuellement des pièces, pour remédier aux tracas rencontrés. On espère pouvoir les produire cette année, et les distribuer via – entre autres – ma propre marque CC Savage.

Par ailleurs le stress, en amont de l’évènement, a été aussi intense qu’ininterrompu, et ce des mois durant. Ayant maintenant fais mes preuves, j’espère vraiment trouver plus de sponsors pour la suite, et parvenir ainsi à réduire la charge à ce niveau-là.
Mon équipe était vraiment usée, à la fin. Je dois absolument revoir les effectifs. »

[Photos de Nathan Velasco]

Tu évoques donc déjà un objectif 2026 ?

« Tout à fait ! Je l’ai dit, c’est simple : j’ambitionne de rallier l’arrivée de la Baja 1000, dans le temps imparti, au guidon de ma Honda XLS 125 de 1980… Soit, rien de moins qu’entrer dans l’histoire de cette superbe épreuve !

En attendant, permettez-moi de remercier mes mécènes principaux que sont :
Yellow Courtage ; et Coutellerie Talaia.
Ainsi que les partenaires techniques qui me suivent toute l’année, comme :
Classic Red ; Cardo System ; Kriega ; Shot Race Gear ; Up Design ; Vee Tire ; ou Oxi-Light.
Et d’autres encore :
Iron Bodyfit ; Team MHM ; LPM Auto ; Motul ; Mécarun ; Starcow ; BCK Motorcycles ; Hit The Rupteur ; Electromatik ; DB Climatisation ; Champagne Florian Leloir ; et Champagne Triplet-Triolet. »

[Photos de Tristan Goiffon]

A propos de Yann :

Passionné de bécane, mécanicien aéro militaire devenu mécanicien de course moto (et même Team Manager en Championnat du Monde Superbike), j'ai ouvert en 2010 un atelier à Quimper. Un loisir devenu quelques années plus tard une activité pro : BCKustoms. Tout ce qui touche aux machines classiques m'intéresse. La plume est mon autre outil, pour en parler, les raconter. J'en use voire en abuse.

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