Sportster 1200 Roadster : un roadster pour de vrai chez HD ?

Sportster 1200 Roadster : un roadster pour de vrai chez HD ?

Attaché au look et au caractère du Sportster, je ne pouvais refuser de tester la nouvelle Harley 1200 Roadster ! Sentiments après une virée d’une heure…

Dès sa présentation, j’ai prêté au 1200 Roadster une certaine attention. Enfin un Sportster avec des suspensions et un freinage dignes de ce nom ? Je suppose que l’on est quelques-uns à s’être posé la question… Il y avait bien eu le 1200 S à l’aube de l’an 2000, avec ses suspattes Showa réglables et son double disque 4 pistons, mais en trouver un encore en bon état n’est pas chose facile. Plus récemment on a eu droit au 1200 XR, mais celui-ci ne fut que trop vaguement inspiré par sa grand-mère. Haut sur pattes, encombrant, bardé de plastique… On restait loin de la XR historique.

Personnellement, j’ai eu l’occase de m’offrir une Harley quand ils ont lancé leur gamme “Dark Custom”. A l’époque je n’avais que ma gueule à penser, depuis j’ai eu 2 mômes… A l’époque aussi pour 10 000 EUR t’avais un 1200 Nightster. Aujourd’hui pour ce prix tu peux tout juste t’offrir la petite sœur, soit un 883 Iron.

Dès mon 1er essai j’avais été emballé par l’agrément du moteur, un bloc longue course gavé de couple comme le sont les tracteurs. Secondé par une boite rustique (les mauvaises langues diront agricole…), il reprend dès les plus bas régimes avec une indéniable vigueur. “Good vibrations”, frein moteur d’enfer… On aime ou on déteste ce moulin à la sonorité si particulière. Mais cette mécanique qui laisse peu de monde indifférent, je l’ai de suite kiffée, moi, il y a 10 ans.

En revanche, la partie cycle était quand même assez frustrante. Un freinage un peu juste, une fourche qui talonne, et puis une garde au sol presque inexistante… Dès que je me mettais à “attaquer” c’était le rabotage de cale-pieds assuré ! Et il n’a pas fallu 24H00 pour voir les ergots dégager… Du coup, la sortie d’un Sportster “classique” avec 2 disques flottants et une fourche inversée m’a forcément interpellé ! D’autant qu’on nous annonçait aussi des repose-pieds surélevés, et des jantes redimensionnées permettant le montage de pneus plus performants.

Alors, quid de cet essai ? Convaincant ! Sur le plan dynamique en tout cas, car pour le reste c’est un autre roman. M’enfin, voilà des suspattes efficaces et un freinage qui ne manque pas de mordant ! Rien à voir avec la Dyna testée quelques mois auparavant

Revers de la médaille de cette fourche et de ces amortos : les plus fragiles risquent d’avoir vite mal au dos. Ils sont si raides qu’on a l’impression d’être à cheval sur un tonneau, et qu’on décolle au passage sur le moindre défaut. L’efficacité se paye cash, en gros, et rouler là-dessus sur route esquintée prend vite des allures de rodéo. D’autant que le petit dosseret offert par la selle peine à nous retenir sur ce canasson, a fortiori du fait que le twin, lui, procure de sacrées reprises et accélérations. Les bras sont alors largement mis à contribution, il faut s’accrocher fermement au guidon, et on a connu plus reposant comme situation.

Si le couple est appréciable, les rupteurs interviennent, eux, de façon assez désagréable. L’allonge est limitée, les montées en régime de courte durée. Mais ce n’est pas dans les tours que l’on apprécie une Harley, en général sur ces machines la meilleure plage d’utilisation est plutôt bas placé. Cela vaut donc pour ce 1200 Roadster comme pour les autres Sportster. Le plaisir sur ces bécanes c’est de repartir sur un filet de gaz quel que soit le rapport engagé, et d’enchaîner les virages en se concentrant sur nos trajectoires qui ne demandent qu’à être améliorées.

C’est d’autant plus le cas ici que la garde au sol a été significativement augmentée, et que la partie cycle incite clairement à jouer. Pour mettre de l’angle il faut la forcer un peu, mais on ne craint pas de le faire avec cette monte de pneus. Sur le sec en tout cas, un test sur le mouillé ça sera peut-être pour une prochaine fois. Ils n’ont quoi qu’il en soit pas trahi ma confiance durant cet essai, bien que j’ai plusieurs fois tenté de faire frotter les cale-pieds… Mais vous savez quoi ? Avec ce modèle ça sera nettement plus difficile qu’autrefois ! Personnellement je n’y suis pas arrivé, je n’ai pas osé pousser jusque-là vu le chèque de caution que j’avais laissé, équivalent à 3 mois de mon loyer.

A l’usage, il est surtout un point qui mériterait d’être corrigé : l’ergonomie, que je serais tenté de qualifier d’insensée. Un guidon bas et plongeant avec des repose-pieds surélevés, mais à quoi diable les mecs peuvent-ils bien penser !? C’est tellement absurde qu’on en vient à se demander, comment avec toutes les phases d’études et de tests qu’on imagine ça ait pu être validé… Form over function vous me direz ? Ouais, sauf qu’ici même esthétiquement je ne vois pas franchement l’intérêt. Tout ça n’est pas sans me rappeler mon tour en V-Rod il y a quelques années. Bref, montage d’un guidon type scrambler à envisager en priorité ! Restera alors simplement un sélecteur et une pédale de frein décalés, qui obligent à rentrer les pointes des pieds pour pouvoir les actionner. Une autre solution avec le cintre d’origine pourrait être de monter des commandes reculées. Mais cela reviendrait probablement à supprimer la place le strapontin passager.

Au niveau style, pas grand chose de neuf et tant mieux. Années après années le Sportster n’est jamais démodé, il continue de séduire les plus jeunes comme les plus vieux. Ici sur le 1200 Roadster il faut quand même noter des jantes spécifiques, à la forme et aux dimensions inédites (120/70-19 et 150/70-18). Ailleurs hormis la fourche inversée, rien de vraiment flagrant. L’arrière rehaussé n’a rien de choquant, du point de vue de l’allure générale cela reste cohérent, bien que cela soit à contre-courant sur ce type de machines que l’on croise rabaissées le plus souvent.

Peu de plastique, le métal reste omniprésent, et les périphériques maison attrayants. Compteur, leviers, commodos, rétros, phare, clignos… Rien que du spécifique Harley toujours très bien dessiné. En revanche le faisceau électrique est trop apparent, alors que sur les big twins il est planqué nettement plus soigneusement. Pourquoi cette différence de traitement ?

En parlant de traitement, d’ailleurs, je me dois de préciser que mon exemplaire d’essai avait déjà subi les assauts du temps, alors qu’il n’affichait pourtant que 2 500 km au compteur. Outre les rayures ici et là, peut-être dues à la négligence de ceux l’ayant enfourché avant moi, il y avait aussi des traces d’oxydation par endroits, ce qui fait quand même assez désordre sur une bécane de cet âge-là… Doit-on s’attendre à avoir une partie de sa visserie notamment rouillée au bout de seulement 6 mois ? Il semblerait, si je me fie à ce que je lis ces derniers temps sur certains groupes ou forums parfois…

Quelle conclusion tirer de tout cela ?

Dieu sait si j’ai longtemps été pro-Harley, à une époque où ils étaient les seuls, ou presque, à proposer encore des bicylindres vivants avec un gros couple bas placé, en résumé un super agrément. Dieu sait si j’étais frustré alors de leurs parties cycles au rabais, qui empêchaient de profiter pleinement de ces moteurs pleins de caractère à défaut d’être puissants. La sortie d’un “super” Sportster comme le 1200 Roadster aurait donc du m’enchanter, car ici le ramage est bien à la hauteur du plumage, on peut attaquer ! Oui mais voilà, l’efficacité se paye au prix fort sur le plan de l’ergonomie et du confort… Ajoutez à cela une finition et une durabilité qui semblent reculer, et il y a quand même de quoi être désappointé.

Finalement, ce qui risque le plus de pénaliser ce 1200 Roadster et l’éventail des Sportster dont il fait partie, c’est ce que la concurrence a sorti. Avec sa nouvelle gamme de néo-rétros Triumph se trouve +/- sur le même créneau. Eux aussi proposent désormais un twin décliné en 2 cylindrées et délivrant un gros couple bas placé. Mais leurs motos sont aussi nettement plus homogènes et nettement mieux finies ! La petite Street Twin, l’élégante T120, la superbe ThruxtonToutes sont plus agréables à emmener que cette Harley-Davidson. Et puis, si certains éléments sont moins “raffinés”, je pense aux commodos notamment, les durites et les câbles sont tellement mieux planqués… Que sur ce plan chez HD c’est assez décevant. Alors si on ajoute les traces d’usure et d’oxydation que j’ai constatées, comment ne pas devenir pro-Hinckley ?

Oui, jusqu’à nouvel ordre vous pouvez considérer que j’ai “changé de camp”. Allez Milwaukee, je suis sûr que vous en avez en réserve et pouvez revenir sur vos concurrents. On en a rien à foutre de l’affreuse 750 Street, tout ce qu’on veut c’est un Sporty aussi fini que confortable, abordable et performant. C’est jouable, nan ? Ok, je prends sûrement mes désirs pour des possibilités… Mais à quelques jours de Noël, ça ne coûte rien de rêver.

Sportster 1200 Roadster : un roadster pour de vrai chez HD ?

A propos de Susokary :

Ch'timi né en 1978 et ayant depuis peu un pied en Belgique, chevauchant une FZ 750 stock depuis qu'il a été contraint de se séparer de sa W650 custom, amateur de bière et passionné de moto, ex-brasseur de "Chicks and beers" maintenant au guidon de "Un pneu dans la tombe", web monkey de métier, apporte sa modeste pierre à l'édifice de quelques entreprises œuvrant dans l'univers motocycliste.

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6 commentaires

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  1. A propos de Fab...

    Euh… C’est juste une resucée de l’ancien 1200 R, non ?
    Parce que dans ton résumé de l’historique des Sports’, tu parles du 12S puis tu sautes au XR, mais il a déjà existé le 12R, avec amortos arrière en 13″ (voir 13,5) et ressorts de fourche plus longs aussi, et donc une assise plus haute que les autres Sporty.
    Bon, d’accord, c’était pas une fourche inversée à l’époque, mais il y avait déjà le double disque à l’avant, et des arbres à cames Andrews de série même, il me semble…
    Sur ce coup-là je suis plus trop sûr, j’avoue, enfin si c’était pas des Andrews c’était au moins des renforcés ou un truc du genre, parce que de mémoire ils annonçaient 75 ch au lieu de 72 normalement.

  2. A propos de Susokary...

    Oui, je ne me suis pas attardé sur feu le 1200 R en effet.
    Je ne pensais pas qu’il y avait tant de différences avec le reste de la gamme à l’époque.
    Et par ailleurs c’est un modèle que je n’ai en revanche jamais eu l’occase d’essayer…
    Mais on est d’accord sur le fond, la filiation est évidente !
    ;)

  3. A propos de Antoine...

    Pour kiffer le moteur Harley et une vraie partie cycle, il faut aller chez Buell…
    Je roule sur un 1200 SS de 2009, mis à part le look, c’est fantastique.

  4. A propos de Susokary...

    Je veux bien le croire !
    Faudrait quand même que j’essaie à l’occase, pour voir…
    En attendant, c’est vrai que le look me freine un peu perso.
    Ca, et la fiabilité/longévité de certaines générations apparemment, qui laisse à désirer si je me fie à mon pote Big Ben qui en entretient à longueur d’année.

  5. A propos de Antoine...

    Il faut essayer !
    Perso je n’ai aucun problème, rien.
    Et en entretien c’est zéro.
    😎

  6. A propos de Casarano...

    Je dirais : belle initiative de la part de Harley que de diversifier sa gamme, au risque de s’attirer les foudres des puristes de la marque.
    Pour ma part, pas eu le coup de foudre car plein de détails ne me plaisent pas, en effet, j’ai revendu il y a peu ma 883R, pseudo roadster de l’époque, donc pas envie de renouer avec HD.
    Maintenant, le jour où ils sortiront un vrai roadster à mes yeux, et non pas un cruiser “roadsterisé”, possible que je replonge…
    Je regrette le temps des Buell et des XR 1200 !
    Mais, pour conclure, des gars et filles de mon entourage ont ce fameux 1200 Roadster et en sont très contents.

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